Une bonne prise de crayon, ça se prépare et ça se travaille!


 
L’un des motifs fréquents de référence en ergothérapie concerne des difficultés en lien avec la prise et l’utilisation du crayon : « L’enseignante/l’éducatrice de mon enfant m’a suggéré de consulter en ergothérapie, car il tient mal son crayon. Pouvez-vous nous aider? »
Bien sûr, c’est l’un de nos dadas! En effet, comme un des champs d’expertise de l’ergothérapeute est la motricité, nous sommes bien conscients que des difficultés avec le crayon et le geste graphomoteur de façon générale peuvent représenter un obstacle majeur au cheminement scolaire de ceux-ci. En effet, si l’on garde en tête que plus de 60% des activités d’apprentissage scolaire impliquent des activités papier/crayon, il va sans dire qu’un enfant éprouvant de la difficulté à bien tenir et manipuler son crayon se retrouve quotidiennement en situation d’inconfort, de frustration ou même d’échec.
À l’opposé, une prise adéquate du crayon favorise l’obtention d’une écriture fluide, rapide et sans fatigue. Par ailleurs, bon nombre d’études font ressortir une corrélation entre la qualité de l’écriture et la réussite académique. Raison de plus pour mettre en place les bases nécessaires à l’obtention d’une prise optimale!
 
Mais, comment la prise de crayon se développe-t-elle? À quoi faut-il s’attarder lorsque l’on observe la prise de crayon? Quelles sont les composantes motrices et sensorielles sous-jacentes au développement d’une prise fonctionnelle? Quelles adaptations sont possibles pour contrer des difficultés liées à la prise du crayon? Quand faut-il consulter? Voilà l’objet de la présente infolettre.
 
 
1)    L’évolution de la prise du crayon
La prise dite « classique » se fait à 3 doigts. Le crayon est tenu entre le pouce et l’index, en appui sur le majeur. Toutefois, la préhension peut varier selon les personnes, mais, dans tous les cas, ultimement, ce sont les doigts qui doivent bouger et non le bras. Bien sûr, tout cela se fait de façon progressive, l’enfant passant d’une prise dite « primitive », à une prise « transitoire », pour finalement développer une prise « mature ».



Vers 18 mois, l’enfant commence à prendre le crayon pour gribouiller. Il le manipule généralement avec une prise à pleine main.





    Dès 2 ans, il commence à imiter les traits verticaux et horizontaux, et le gribouillage circulaire. D’une prise palmaire (dans la paume), il évolue tranquillement vers une prise plus digitale (avec les doigts). L’avant-bras, qui place d’abord le pouce vers le bas , se positionne tranquillement. Pour que le pouce soit vers le haut.

     
    Vers 3 ans, il est généralement possible d’observer une prise digitale avec appui sur l’annulaire ou encore, une prise tripode (à 3 doigts) avec appui sur le majeur.

    Le mouvement provient d’abord de l’épaule, puis du coude et ensuite du poignet. Généralement, vers 4 ans, il est possible d’observer un début de mouvement à partir du poignet et des doigts au coloriage et, à 5 ans, ce mouvement aux doigts devrait être présent.

     
    On peut alors parler d’une prise mature, dite dynamique, par opposition à une prise statique, sans mouvement des doigts. Les prises matures les plus fréquemment rencontrées sont la prise tridigitale (tripode) ou quadridigitale (quadripode). L’enfant peut alors faire un trait dans un chemin plus ou moins large avec suffisamment de contrôle, et colorier des formes simples sans dévier de plus de ½ cm.
    Une autre prise mature acceptée est la prise tripode adaptée où le crayon vient prendre appui entre l’index et le majeur.
    Même si plusieurs enfants développeront d’eux-mêmes une prise fonctionnelle, cela vaut la peine de leur enseigner comment bien tenir leur crayon, car, meilleure sera leur prise et plus ils utiliseront leur crayon avec contrôle, fluidité, rapidité, et ce, avec un minimum d’effort.
     
    2)      Quoi observer lorsqu’on regarde une prise de crayon?
     
    2.1 La mobilité des doigts : on vise une prise dynamique, c’est-à-dire où les mouvements des doigts sont présents. Lorsque les doigts ne sont pas mobiles, on parle alors d’une prise statique. Petit rappel : dès 4 ans, on peut observer un début de mouvement du poignet et des doigts.

    2.2 La position du pouce : il devrait être en appui sur le crayon, en opposition avec l’index. S’il vient se placer par-dessus l’index (ex. : prise tripode latérale), cela peut nuire à la mobilité des doigts. Ainsi, si l’enfant semble crispé et que le mouvement provient du poignet, c’est problématique. Si les mouvements aux doigts sont possibles malgré cela, ce positionnement peut être acceptable.

    2.3 La position du poignet : il devrait être appuyé et en légère extension (environ 30 degrés). Pour aider à ce positionnement :

     -Vérifier l’angle de la feuille :

    ü  Droitier : inclinaison de 20 à 30 degrés vers la gauche. Feuille centrée.

    ü  Gaucher : inclinaison de 30 à 35 degrés vers la droite. Feuille légèrement décentrée vers la gauche
    - Au besoin, utiliser un plan incliné (disponible commercialement ou utiliser un cartable de 3 pouces vide tourné de côté).

    2.4 La hauteur de la prise :

    - Droitier : ½ à ¾ de pouce de la mine ;
    - Gaucher : 1 à 1¼ pouce de la mine.

    2.5 L’appui du crayon : ce dernier devrait être appuyé au creux de la commissure entre le pouce et l’index.


    3)      Composantes motrices et sensorielles sous-jacentes au développement d’une bonne prise du crayon
    • Bon contrôle de la posture : si l’enfant ne peut maintenir une posture assise redressée, il aura beaucoup de difficulté à bien contrôler son crayon.
    • Bon contrôle du bras (stabilité/dissociation*), et ce, tant à l’épaule, au coude et au poignet, pour permettre un geste précis et stable, libérant ainsi la main.
    • Bonne force et dissociation de la main et des doigts pour prendre le crayon et le manipuler  efficacement, particulièrement par une opposition fonctionnelle du pouce.
    • Intégrité du système tactile/proprioceptif pour utiliser la musculature de façon efficace et bien graduer la force lors de la manipulation des objets, dont le crayon. Éventuellement, cela permettra à l’enfant. De sentir la formation des lettres par ses doigts sans nécessairement avoir besoin de regarder pour être certain que le geste est bon. 

     
     
    4)      Adaptations possibles
    Il existe une multitude d’adaptateurs de crayon, si bien qu’il n’est pas toujours facile de s’y retrouver. Ceux-ci peuvent être considérés en quelque sorte comme des béquilles pour la prise de crayon. Ainsi, dans certains cas, il peut être intéressant de les utiliser de façon transitoire, le temps d’aider la main à développer les préalables à une meilleure prise ou encore, de façon plus permanente, pour pallier, chez les plus vieux, à une prise inadéquate trop ancrée. 
    Certains permettent d’augmenter le « confort » de la prise (ex. : si l’enfant a tendance à peser trop fort, un petit cylindre en mousse peut absorber une partie de la pression).
    Les « guides », par leur forme, aident au bon positionnement des doigts. Parmi les plus connus, le pencil grip, le bumpy grip, le stetro grip.
    Les « bloqueurs de pouce » empêchent le pouce d’aller se placer par-dessus l’index. Par exemple, le crossover grip, le grotto grip, le start right grip.
    Il existe d’autres aides telles que le « HandiWriter ». Ce dernier a été conçu pour garder le crayon en appui dans le creux de la commissure pouce-index, avec les 4e et 5e doigts fléchis dans la paume de la main.
    5)      Quand consulter? Le plus tôt est évidemment le mieux, mais il n’est jamais vraiment trop tard. Néanmoins, voici quelques guides :
    Prise immature (ex. : à pleine main) à 4-5 ans;
    Manipulation du crayon avec le pouce vers le bas
    Pouce en crochet par-dessus l’index, ce qui referme la commissure pouce-index
     (crispé ++);
    Manque d’intérêt persistant pour les tâches papier/crayon.
    Manque de lisibilité compte tenu de l’âge.
    Écriture trop grosse ou trop foncée.
    Plainte de douleur et/ou de fatigue au graphisme.
    Lenteur par rapport aux autres, difficulté à suivre le rythme.
     
    L’ergothérapeute est un professionnel de la santé qui peut évaluer et traiter les enfants ayant des difficultés de prise et manipulation du crayon. Consulter tôt pourrait prévenir une répercussion sur les apprentissages scolaires.

    À propos de nous : Le Groupe Ergo Ressources est un regroupement de 11 cliniques présentes dans la grande région de Montréal et la Capitale nationale. Nous desservons les enfants depuis 20 ans maintenant. Consultez notre site web pour nos services www.ger-ergo.com.

    À propos de l’auteure : Mariann St-Hilaire est ergothérapeute depuis 2002 et dédie sa pratique aux enfants depuis ses tout débuts. Elle fait partie de l’équipe du CREDE depuis 2005, le nouveau point de services du Groupe Ergo Ressources à Québec.
     

     
     


    *Note de bas de page : la dissociation réfère à la capacité d’une personne de faire des mouvements sans que tout le membre ou le corps participe au mouvement. Par exemple : un mouvement des doigts pour écrire en ayant un avant-bras bien en appuis sur la table, le coude et l’épaule participant très peu voir pas du tout au mouvement.
     

     




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