Il tient mal son crayon, que faut-il faire?



Voici une question qui m’est souvent posée. J’y réponds toujours par une question : est-ce qu’il écrit bien, avec une bonne vitesse? 

Si la réponse est oui, je ne m’inquiète pas et n’interviens pas. Amusez-vous cette semaine à regarder la préhension du crayon de vos collègues de travail. Vous allez en trouver au moins un/une qui tient mal son crayon. Demandez-lui si son écriture est lisible, rapide et fluide. Je suis certaine que la réponse sera oui. Car c’est cela bien écrire, que l’on puisse lire, que l’effort fourni ne soit pas trop grand et que ce soit d’une rapidité suffisante pour répondre au besoin. Cela n’a pas nécessairement de lien avec la préhension du crayon. 

Lorsqu’un enfant écrit bien, c’est qu’il possède de bonnes habiletés de base pour écrire. En tant qu'ergothérapeute auprès des enfants je recommande très peu l'utilisation d'un adaptateur sur un crayon pour corriger la préhension. Je suis d'avis que c’est, la plupart du temps, travailler sur la pointe de l’iceberg sans pour autant régler le problème. Les adaptateurs devraient être des outils de confort. Lorsque l’enfant tient mal son crayon, c’est qu’il y a quelque chose dans la chaine musculaire qui ne se fait pas correctement. Si ce quelque chose est minime, il aura une écriture fonctionnelle malgré une préhension atypique. Si ce quelque chose est plus important, il aura une mauvaise préhension et une écriture difficile. 

Donc si un enfant a une mauvaise préhension du crayon, mais que son écriture est adéquate pour son niveau d’âge, je suggère aux parents de simplement surveiller que l’enfant maintienne un bon niveau de performance scolaire malgré l’augmentation des exigences académiques. Par exemple au 3e cycle, il est généralement admis que l’enfant a automatisé le geste d’écriture, il peut maintenant se concentrer sur la composition et donc on s’attend à une plus grande rapidité/vitesse d’écriture.

Personnellement, et même si mon métier me demande de vérifier les difficultés d’écriture, j’ai tendance à toujours me référer au professeur pour savoir si l’écriture est fonctionnelle ou pas et ce,  pour plusieurs raisons : 

  1. C’est cette personne qui évalue l’enfant, elle a des critères d’évaluation précis en fonction de l’âge de l’enfant.  C’est elle qui au final sera le juge,
  2. Cette personne voit de nombreux enfants; excellents, dans la moyenne et en difficulté, son regard est une expérience riche que le parent et moi n’avons pas. Le parent, pour sa part, a bien souvent vu seulement ses propres enfants et pour ma part, ils sont tous en difficultés et donc mes repères peuvent être biaisés, 
  3. La calligraphie est quelque chose avec laquelle cette personne est en contact tous les jours. Nous sommes en fait très complémentaires, elle dépiste les difficultés et l'ergothérapeute cherche/évalue pourquoi l’enfant n’arrive pas à offrir un rendement satisfaisant en écriture.
Le rôle de l’ergothérapeute consiste en effet, à évaluer les bases de l’écriture et de la motricité fine. L’écriture est en fait une activité de motricité fine. Un enfant d’âge scolaire qui n’arrive pas à boutonner des petits boutons par exemple a les mêmes difficultés au niveau des habiletés de base que celui qui n’arrive pas à offrir un rendement à l’écriture.
Quelles sont justement ces habiletés de base? Il y en a plusieurs, mais voici les principales;
  1. Le tonus musculaire
  2. La stabilité de l’épaule  
  3. La dissociation des différents segments du bras
  4. La capacité à bien maintenir la feuille avec la main non dominante
  5. Les mouvements fins des doigts.
    
Écrire en position couchée sur le bureau parce que la musculature du tronc est faible, c’est plutôt difficile! C’est la même chose si l'épaule n’est pas stable et que le bras ne va pas dans la direction où il doit aller. 

Il est fréquent de voir des enfants tenter de tenir leur feuille avec une seule main en pesant très fort sur le crayon (il y a plusieurs raisons à cela, mais ici c’est pour chercher plus de stabilité), parce que l’autre main est occupée…à tenir la tête (le cou n’a pas la force suffisante pour tenir la tête)!

Si votre enfant a des difficultés d’écriture, assurez-vous qu’il a une posture bien stable à son pupitre de travail (à la maison comme à l’école) avec un bon appui au sol. Un déséquilibre a un impact sur sa fluidité d’écriture, car l’enfant dépense de l’énergie plus que la moyenne pour maintenir le tronc et l’épaule stable.

Pour bien écrire, il faut bien « dissocier », c’est-à-dire être capable de travailler avec le coude séparé de l’épaule, le poignet séparé du coude et les doigts du poignet. Observez votre enfant lorsqu’il écrit. Si son avant-bras est surélevé et que le mouvement semble partir de l’épaule, c’est un signe qu’il ne dissocie pas bien. Un truc pour travailler cela? Lisez mon billet « Tout le monde à plat ventre »,  un truc très facile à faire.

Écrire est une activité complexe et bien tenir le crayon est une finalité qui est plus ou moins importante si l’enfant arrive à bien écrire, c’est-à-dire avec une calligraphie précise (lisibilité), une facilité (fluidité) et une vitesse adéquate pour son niveau d’âge. S’il n’y arrive pas, une évaluation des habiletés de base nous permettra de savoir pourquoi. Utiliser un adaptateur ou le faire pratiquer ses lettres peut aider, mais pas nécessairement régler le problème qui se répercutera dans d’autres sphères de sa vie où il doit utiliser sa motricité fine. 

Vous désirez en savoir plus?

Par Sonya Côté ergothérapeute
 Révisé le 06 août 2018

À propos de nous : Groupe Ergo Ressources est un regroupement de 11 cliniques présentes dans la grande région de Montréal et la Capitale Nationale. Nous desservons les enfants depuis 20 ans maintenant dans nos cliniques de Laval-Chomedey, Blainville, McMasterville, Delson, Québec, Vaudreuil et Saint-Léonard. Consultez notre site web pour nos services https://www.ger-
ergo.com/developpement-de-lenfant

À propos de l’auteure : Sonya Côté est ergothérapeute depuis 1992. Elle travaille auprès des enfants depuis 20 ans. En plus de son rôle de clinicienne, elle est conférencière pour les enseignants, les professionnels et les éducateurs. Elle est également auteure, sa dernière parution « Favoriser l’attention par des stratégies sensorielles » est un des meilleurs vendeurs de la maison d’édition Chenelière Éducation. 

Note: la bibliographie est disponible sur demande

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